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Electrosens ElectroTech · 12 September 2026

Raspberry Pi 6 : le rendez-vous manqué de 2026

Le 21 mai 2026, Eben Upton, CEO de Raspberry Pi Ltd, a brisé l’espoir de millions de makers : le Raspberry Pi 6 ne sortira pas avant début 2028. Loin d’être une simple déception, cette annonce éclaire la stratégie industrielle de la fondation — et redéfinit les règles du jeu pour tous ceux qui attendaient la carte miracle. Plongée dans les coulisses d’un report qui en dit long sur l’avenir de l’embarqué.


Raspberry Pi 6 : le rendez-vous manqué de 2026

L’histoire aurait dû être belle. Un nouveau Raspberry Pi tous les quatre ans, comme une horloge suisse : le Pi 4 en 2019, le Pi 5 en octobre 2023, et donc un Pi 6 attendu pour 2026-2027. C’était sans compter sur les réalités industrielles. Le 21 mai 2026, lors d’un AMA Reddit, Eben Upton — accompagné de James Adams (Hardware CTO) et Gordon Hollingworth (Software CTO) — a annoncé que la sortie du Pi 6 n’aura pas lieu avant début 2028 au plus tôt. Une estimation optimiste, précise-t-il, qui repousse donc toute annonce officielle à l’horizon 2027-2028.

Ce report n’est pas une surprise pour qui suit la cadence de la fondation. Le cycle de développement majeur est d’environ 4 à 4,5 ans. Le Pi 5 étant sorti en octobre 2023, un Pi 6 au premier trimestre 2028 correspond exactement à ce rythme. Mais l’annonce a pris de court ceux qui espéraient une présentation en 2026, d’autant que des rumeurs insistantes — reprises par des sites comme d3c-informatique.com — annonçaient un lancement imminent avec des spécifications alléchantes. Or, aucune annonce officielle n’a été faite par la Raspberry Pi Foundation. Le site raspberrypi-france.fr le confirme : le Pi 6 n’est pas confirmé, et les rumeurs sont spéculatives. La fondation maintient un silence stratégique sur ses projets futurs, comme c’est traditionnellement le cas pour leurs nouveaux produits, et les dernières communications officielles se concentrent sur l’optimisation et l’expansion de l’écosystème Raspberry Pi 5.

Il faut donc lire ce report comme un choix assumé, et non comme un échec. Upton a insisté sur le fait que le Pi 6 sera une évolution, pas une révolution : un format similaire au Pi 5, des CPU plus rapides, de meilleures I/O, une bande passante mémoire accrue. Mais rien de révolutionnaire. Cette sobriété annoncée est un signal fort : la fondation ne cherche pas à bousculer son écosystème, mais à consolider une base industrielle éprouvée. Pour les makers, c’est à la fois une déception (attendre encore 18 mois) et une forme de sécurité (pas de rupture de compatibilité).

Sous le capot : ce que l’on sait (et ce que l’on ignore) du futur SoC

Le silence officiel est presque total. Aucun nom de code, aucune gravure, aucun modèle de CPU. Mais les déclarations de l’AMA donnent quelques pistes solides. Upton a confirmé que le Pi 6 embarquera un CPU plus rapide que le Pi 5, avec des I/O améliorées et une bande passante DRAM plus élevée. Rien de plus précis. Les rumeurs convergent vers l’adoption d’un processeur ARM Cortex-A78, représentant une évolution logique par rapport au Cortex-A76 du Pi 5. Cette architecture offrirait des fréquences plus élevées et une meilleure efficacité énergétique. Les spéculations évoquent six ou huit cœurs, une fréquence de 3,0 GHz, et une gravure en 7 nm ou 5 nm. Mais ces chiffres sont des spéculations, non confirmées par des tests matériels.

Source : raspberrytips.fr

Il faut se méfier des fausses pistes. Une source tierce, d3c-informatique.com, a affirmé que le Pi 6 était déjà lancé avec un processeur quad-core Cortex-A76 à 2,0 GHz, jusqu’à 8 Go de RAM LPDDR5. Ces spécifications sont suspectes : le Pi 5 utilise déjà un Cortex-A76 à 2,4 GHz. Une régression de fréquence et de nombre de cœurs serait absurde. Cette source est contredite par le silence officiel et par la date de 2028. Il faut donc l’écarter comme une rumeur infondée.

Ce que l’on peut déduire de l’évolution naturelle : un SoC gravé en 5 nm ou 7 nm (le Pi 5 est en 16 nm), avec un CPU plus puissant et un GPU repensé. Mais aucun chiffre officiel n’existe. Le nom de code du SoC reste inconnu. Pour les ingénieurs, cette opacité est frustrante, mais elle est compréhensible : la fondation ne communique que lorsque le produit est proche de la production. En attendant, les projets de prototypage doivent se baser sur le Pi 5, qui reste la référence.

RAM et stockage : la mémoire, nerf de la guerre

La raison du report, selon plusieurs interprétations médiatiques, serait le coût de la mémoire. Upton a évoqué des contraintes de coût sur les composants mémoire, mais sans citer de chiffre. Cette justification est plausible : les prix de la DRAM ont fluctué ces dernières années, et la fondation vise un prix d’entrée abordable (le Pi 5 est vendu à partir de 80 $ pour la version 8 Go). Une augmentation trop forte des coûts mémoire se répercuterait sur le prix final, ce que la fondation veut éviter.

On peut donc anticiper des variantes de RAM avec des capacités accrues — 8, 16, voire 32 Go — mais rien n’est confirmé. La bande passante mémoire sera plus élevée, comme l’a annoncé Upton. Le Pi 5 utilise de la LPDDR4X à 4267 MT/s ; un passage à de la LPDDR5X serait logique, mais ce n’est pas une donnée officielle. En l’état, les projets gourmands en mémoire devront attendre ou se contenter du Pi 5.

Le stockage, lui, ne sera pas révolutionné. La fondation a confirmé qu’il n’y aura pas de slot M.2 intégré sur le Pi 6. Cette décision surprend, car le Pi 5 a introduit un connecteur PCIe Gen 3 x1, permettant d’ajouter un SSD via un HAT. L’absence de M.2 intégré signifie que les utilisateurs devront toujours passer par des cartes d’extension. C’est un choix de simplicité et de coût, mais qui décevra ceux qui espéraient un stockage natif rapide.

Connectique et GPIO : la continuité en héritage

Le facteur de forme du Pi 6 sera identique à celui du Pi 5, et le GPIO 40 broches sera conservé. C’est une confirmation importante de l’AMA : la compatibilité avec les HATs existants et les projets électroniques est préservée. Les makers qui ont investi dans des HATs, des écrans, des capteurs ou des cartes d’extension pourront les réutiliser sans modification. C’est un atout majeur pour la fondation, qui capitalise sur un écosystème mature.

Source : raspberry.tips

En revanche, aucune information sur une évolution du pinout. On ne sait pas si des broches seront réaffectées, si un ADC sera intégré, ou si les rails d’alimentation 5V/3.3V verront leurs courants maximaux augmenter. Le silence est total. La compatibilité électrique devrait être identique au Pi 5, mais c’est une hypothèse, pas une certitude.

Les évolutions possibles de la connectique restent spéculatives. Le Pi 5 propose un port PCIe Gen 3 x1, deux ports USB 3.0, deux ports USB 2.0, et un Ethernet Gigabit. Un Pi 6 pourrait passer à du PCIe Gen 4, à de l’USB4 ou à de l’Ethernet 2.5GbE. Mais aucune de ces données n’est confirmée. Le marché des cartes maker évolue vite, et la fondation doit rester compétitive. Cependant, elle privilégie la stabilité à la course aux specs.

IA : pourquoi le Pi 6 ne fera pas l’impasse sur les accélérateurs externes

L’annonce la plus claire de l’AMA concerne l’IA : le Pi 6 n’embarquera pas de NPU (Neural Processing Unit) dans son SoC. La fondation mise sur des accélérateurs externes, comme les cartes AI HAT+ avec les puces Hailo. Cette stratégie est cohérente avec la philosophie de la fondation : rester sur un SoC généraliste et laisser l’IA aux modules spécialisés, qui évoluent plus vite et offrent des performances supérieures pour des usages ciblés.

Pour les projets de vision par ordinateur, de traitement d’images ou d’apprentissage automatique embarqué, cela signifie qu’il faudra toujours acheter un HAT séparé. Mais c’est aussi une flexibilité : les utilisateurs peuvent choisir la puissance d’IA nécessaire, du Hailo-8L (26 TOPS) au Hailo-8 (26 TOPS) en passant par des options plus légères. Le Pi 6 ne fera pas l’impasse sur l’IA, mais il la rendra optionnelle et modulaire. Les ingénieurs devront donc budgétiser un accélérateur externe pour leurs applications IA.

Pi 6 vs Pi 5 : une évolution, pas une révolution

Le tableau comparatif ci-dessous résume ce que l’on sait (et ce que l’on ignore) entre le Pi 5 et le Pi 6 attendu.

Source : raspberrypi-france.fr
Caractéristique Raspberry Pi 5 (officiel, 2023) Raspberry Pi 6 (attendu, 2028)
CPU Cortex-A76, 4 cœurs, 2,4 GHz Plus rapide (rumeurs : Cortex-A78, 6-8 cœurs, 3,0 GHz) — non confirmé
GPU VideoCore VII Amélioré, non précisé
RAM LPDDR4X (variantes 4/8/16 Go) LPDDR5X possible, capacité non confirmée (8/16/32 Go ?)
Bande passante mémoire 4267 MT/s Augmentée, non chiffrée
GPIO 40 broches, compatible HAT 40 broches, compatible HAT (confirmé)
NPU intégré Non Non (confirmé)
Slot M.2 Non (via PCIe Gen 3 x1 HAT) Non (confirmé)
Connectique USB 3.0, USB 2.0, Gigabit Ethernet, PCIe Gen 3 x1 USB4, 2.5GbE, PCIe Gen 4 ? — non confirmé
Sortie Octobre 2023 Début 2028 au plus tôt (AMA du 21 mai 2026)

Le Pi 6 sera donc une amélioration incrémentale : plus de performance brute, plus de bande passante mémoire, des I/O meilleures, mais pas de rupture architecturale. C’est une stratégie de consolidation. Pour les utilisateurs du Pi 5, la question est simple : faut-il attendre ? Si votre projet tourne déjà sur un Pi 5, la réponse est probablement non. Le Pi 5 reste le modèle phare pour au moins deux ans encore, comme le confirme Recalbox dans son analyse de l’AMA. Le Pi 6 ne viendra pas bouleverser l’existant ; il offrira une meilleure marge de performance pour les tâches lourdes, mais ne rendra pas le Pi 5 obsolète.

Face à la concurrence : Orange Pi, Rockchip et les autres

Pendant que Raspberry Pi repousse son Pi 6, la concurrence avance. Des cartes comme l’Orange Pi 5 Pro, le Radxa Rock 5B ou les cartes à base de Rockchip RK3588 offrent déjà des CPU plus puissants (Cortex-A76/A55), des NPU intégrés et des connectiques riches (PCIe Gen 3, USB 3.2, 2.5GbE). Certaines de ces cartes sont disponibles à des prix compétitifs, et la presse spécialisée n’hésite pas à les comparer au Pi 5. Un article de Ouest-France titre ainsi "Homelab : pourquoi l’Orange Pi 6 fait de l’ombre au Raspberry Pi 5" — un signe que la pression concurrentielle est réelle.

Mais il serait erroné de réduire le duel à la fiche technique. La force du Raspberry Pi réside dans son écosystème : un système d’exploitation mature (Raspberry Pi OS), une documentation exhaustive, une communauté immense, et une compatibilité logicielle inégalée. Les concurrents peinent souvent à offrir le même niveau de support, notamment pour les HATs, les bibliothèques GPIO et les outils de développement. Pour un ingénieur, le coût total de possession (temps de développement, maintenance) est souvent plus élevé sur une carte exotique.

Le Pi 6, même en retard, gardera un avantage décisif : la confiance. La fondation a prouvé sa capacité à maintenir des produits pendant des années, avec des mises à jour régulières. Les concurrents changent plus rapidement de plateformes, ce qui peut créer des ruptures de compatibilité. Pour les projets industriels, la stabilité prime sur la performance brute.

En attendant 2028 : que faire de son Pi 5 ?

Concrètement, que faire si vous aviez prévu un projet pour 2026 ? La réponse est simple : le Pi 5 reste la meilleure option. Il est disponible, supporté, et performant pour la majorité des usages makers — serveur domestique, domotique, station de travail légère, robotique, etc. Pour les projets urgents, ne pas attendre le Pi 6. Les pénuries de composants ont montré qu’il est risqué de planifier sur un produit non annoncé.

Si vous avez besoin de plus de puissance que le Pi 5, explorez les alternatives : un mini-PC x86 (par exemple, un Intel N100 à 15 W) pour des tâches de calcul, ou une carte Rockchip pour des applications IA. Mais si vous êtes déjà investi dans l’écosystème Raspberry Pi — HATs, alimentations, boîtiers — le Pi 5 est un choix sûr. Le Pi 6, à son arrivée en 2028, sera une évolution compatible, et votre investissement ne sera pas perdu.

En attendant, la fondation continue d’enrichir l’écosystème. Le 22 juillet 2026, elle a lancé un nouvel écran tactile officiel de 10 pouces, avec dalle IPS et multitouch à 10 points. Preuve que le Pi 5 reste la priorité pour les prochains mois. Le Pi 6 est un projet, pas une urgence.


Sources

Article recherché et rédigé automatiquement · Magazine Electrosens
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