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Electrosens ElectroTech · 19 September 2026

LoRaWAN 2026 : 125 millions de dispositifs, satellite réglementé et feuille de route industrielle

Pendant que l’industrie court après la 6G, un réseau discret a franchi le cap des 125 millions de dispositifs, s’offre une couverture satellite réglementée et prépare un mode haute vitesse qui pourrait changer la donne. LoRaWAN n’est plus l’alternative frugale des makers : c’est devenu une infrastructure critique, et 2026 marque un tournant que les ingénieurs ne peuvent plus ignorer.

2026, l’année où LoRaWAN a cessé d’être un simple réseau de capteurs

Il y a encore cinq ans, LoRaWAN était perçu comme la solution des projets agricoles et des compteurs intelligents — une technologie robuste, certes, mais cantonnée à des débits anémiques et à des déploiements confidentiels. Ce temps est révolu. En décembre 2025, la LoRa Alliance annonçait que le nombre de dispositifs LoRaWAN déployés dans le monde avait atteint 125 millions, avec un taux de croissance annuel composé de 25 % — et même jusqu’à 50 % pour les plus grands réseaux comptant plusieurs millions d’appareils. Pour mesurer le chemin parcouru : ce volume place LoRaWAN devant la plupart des technologies LPWAN cellulaires sur le segment du massif IoT, et l’écosystème compte désormais 360 membres, dont 57 nouveaux en 2025, et plus de 625 dispositifs certifiés.

Cette montée en puissance n’est pas un accident. Elle résulte d’une conjonction de facteurs : la pression réglementaire européenne qui pousse à la sobriété énergétique, les besoins industriels de connectivité à grande échelle sans dépendance aux opérateurs mobiles, et une quête de souveraineté numérique qui rend les réseaux non cellulaires particulièrement attractifs. Les services publics — en particulier le smart water — restent le plus grand vertical, mais LoRaWAN s’impose aussi comme la première technologie sans fil pour les bâtiments intelligents, un marché où la concurrence avec les protocoles maison est féroce.

Les chiffres de déploiement parlent d’eux-mêmes. Parmi les principaux opérateurs et intégrateurs, ZENNER revendique 10 millions d’appareils, Actility 4,6 millions, The Things Industries 3,8 millions, Birdz 3,6 millions de compteurs et Netmore 3,4 millions. Rien qu’en France, plus de 3,5 millions d’actifs utilisant les dispositifs LoRa de Semtech et le standard LoRaWAN sont déjà connectés, avec 1,5 million de dispositifs supplémentaires en cours de déploiement, comme le rapporte Objet Connecte. Cette dynamique hexagonale illustre une tendance européenne plus large : le nombre de réseaux publics LoRaWAN disponibles dans le monde a augmenté de 66 % ces trois dernières années.

Le réseau est désormais véritablement global : la LoRa Alliance revendique une couverture publique dans plus de 170 pays, avec des millions de passerelles déployées par des opérateurs comme The Things Network et Netmore, ainsi que par de nombreux opérateurs télécoms nationaux qui ont ajouté LoRaWAN en complément de leurs portefeuilles cellulaires. Comme le souligne une analyse de Talking IoT, cette croissance discrète — « la révolution IoT silencieuse » — repose sur un principe simple : des capteurs bon marché, fonctionnant des années sur une pile, transmettant quelques octets par heure. Pas de robots autonomes ni de vidéo en temps réel, mais des millions de décisions pratiques : irriguer un champ, vider une benne, vérifier une chaîne du froid.

L’année 2026 est surtout celle où la LoRa Alliance a cessé de jouer la carte de la simplicité pour embrasser la complexité du monde industriel. La feuille de route publiée le 4 juin 2026 ne parle plus seulement de capteurs de température : elle annonce l’intégration d’OPC UA, le protocole industriel de référence, et un format de données applicatif standardisé. LoRaWAN ne se contente plus de transporter des octets : il prétend structurer la donnée elle-même. Ce virage stratégique, combiné à l’arrivée du satellite et à l’émergence du mode FLRC, redessine complètement le paysage du LPWAN.

La feuille de route triennale décryptée : du zero-touch à l’OPC UA, les promesses tenues

La feuille de route officielle de la LoRa Alliance a été lancée le 16 avril 2024, et non en 2023 comme certains le supposent encore. Ce document fondateur, intitulé sobrement « LoRaWAN Development Roadmap », couvrait une période de trois ans (2024-2026) et fixait les priorités : interconnexion des réseaux, déploiement facilité, support des réseaux non terrestres (NTN). Mais c’est la mise à jour du 4 juin 2026 qui a véritablement marqué les esprits, en transformant des intentions en jalons datés et mesurables. Comme le rapporte IoT Global Network, cette nouvelle feuille de route couvre la période 2026-2028 et vise explicitement à rendre LoRaWAN « plug-and-play ». Cette orientation est confirmée par IoT Business News qui, début août 2026, soulignait l’introduction de nouveaux standards centrés sur la simplification et la mise à l’échelle des déploiements LoRaWAN, avec un accent sur l’efficacité opérationnelle des intégrations réseau.

Dispositifs LoRaWAN déployés par opérateur (millions)ZENNER10millionsActility4.6millionsThe Things Industries3.8millionsBirdz3.6millionsNetmore3.4millions

Le premier jalon, attendu pour 2026, concerne la découverte de capacités des dispositifs (End-Device Capabilities Discovery) et les procédures de migration d’appareils entre réseaux. Concrètement, un intégrateur pourra interroger un nœud pour connaître ses capacités exactes (modulation supportée, puissance, bandes) et le faire basculer d’un réseau à un autre sans intervention physique. C’est une réponse directe au problème du lock-in opérateur qui freinait l’adoption industrielle. Le second jalon, prévu pour 2027, est l’onboarding zero-touch : un dispositif pourra rejoindre un réseau sans configuration manuelle, via des mécanismes d’authentification automatisés. L’objectif est clair : réduire le coût d’installation à l’échelle de millions d’unités.

Côté applicatif, la feuille de route 2026 acte deux intégrations majeures. La première est l’OPC UA (Open Platform Communications Unified Architecture), le standard de communication machine-to-machine de l’industrie 4.0. En permettant à des nœuds LoRaWAN de dialoguer directement avec des systèmes SCADA ou des MES via OPC UA, la LoRa Alliance vise les usines et les infrastructures critiques. La seconde est le protocole UI-1203, spécifiquement conçu pour les compteurs d’eau nord-américains. Ce protocole, porté par l’Alliance, standardise l’échange de données de consommation et d’alertes entre compteurs et systèmes de facturation. Pour les intégrateurs, ces évolutions signifient moins de développement sur mesure et plus d’interopérabilité — un changement de paradigme qui rapproche LoRaWAN des standards IT classiques.

La certification des passerelles fait également son apparition dans cette feuille de route, un point souligné par RFID Journal : jusqu’ici, seuls les end-devices étaient certifiés, mais l’Alliance étend désormais son programme aux infrastructures réseau. C’est une étape cruciale pour garantir une qualité de service homogène entre opérateurs et pour rassurer les intégrateurs industriels qui déploient à grande échelle.

Enfin, la feuille de route annonce un format de données applicatif standardisé pour 2028. Aujourd’hui, chaque vertical (agriculture, ville intelligente, logistique) utilise ses propres codecs, ce qui complique l’interopérabilité entre fabricants. L’objectif est de définir un schéma de données commun, comparable à ce que JSON ou Protobuf ont fait pour le web. Ce chantier, mené avec les membres de l’Alliance, pourrait être le catalyseur qui fera basculer LoRaWAN du statut de réseau de capteurs à celui de plateforme IoT universelle. Comme le résume Alper Yegin, CEO de la LoRa Alliance, dans RFID Journal : « Pour que l’adoption de LoRaWAN continue de croître, nous devons élargir les intégrations avec les domaines applicatifs IoT existants et faciliter la vie des utilisateurs en rendant leurs implémentations véritablement plug-and-play. »

Le satellite entre en orbite : la décision ECC DEC(25)02 qui ouvre les zones blanches

Le 29 juillet 2025, la LoRa Alliance annonçait une nouvelle qui est passée presque inaperçue dans la presse généraliste, mais qui constitue un séisme pour l’IoT : le comité ECC de la CEPT avait approuvé, lors de sa réunion de juin 2025, la décision ECC DEC(25)02. Celle-ci autorise les communications satellite vers des appareils à faible puissance (LPD-S) dans la bande 862-870 MHz en Europe. En clair, un capteur LoRaWAN terrestre pourra désormais émettre directement vers un satellite en orbite basse, sans passerelle intermédiaire, sur une bande de fréquences déjà utilisée par les réseaux terrestres. Le communiqué officiel de la LoRa Alliance précise que cette décision « établit des lignes directrices claires pour l’utilisation du spectre SRD par les systèmes satellitaires communiquant avec des terminaux LPD-S au sol ».

Cette décision réglementaire est le fruit d’un long travail de lobbying mené par la LoRa Alliance et ses partenaires, dont Eutelsat et Semtech. Techniquement, elle s’appuie sur le fait que les émissions LPD-S sont de faible puissance (typiquement moins de 25 mW) et utilisent des modulations à étalement de spectre qui tolèrent des délais de propagation importants. Les satellites en orbite basse (LEO) peuvent ainsi recevoir des trames émises par des capteurs au sol, même en environnement urbain dense, à condition que la ligne de visée soit dégagée.

L’impact sur la couverture est potentiellement immense. Aujourd’hui, les zones blanches — déserts, océans, forêts, montagnes — restent hors de portée des réseaux LoRaWAN terrestres, sauf à déployer des passerelles coûteuses. Avec le satellite, un capteur agricole dans le Sahel, une bouée océanographique ou un conteneur en pleine mer peuvent transmettre leurs données sans infrastructure locale. Les cas d’usage se multiplient : suivi de troupeaux en zone isolée, monitoring de pipelines traversant des régions désertiques, localisation de conteneurs sur les routes maritimes. Une étude académique récente publiée chez Springer explore d’ailleurs les architectures hybrides terre-satellite pour l’IoT LoRaWAN, confirmant l’intérêt scientifique pour ce sujet.

Les acteurs se positionnent déjà. Semtech, via son transceiver LR1121, intègre nativement le support de la bande S satellite en plus des bandes sub-GHz et 2,4 GHz. Eutelsat, de son côté, a annoncé des services de connectivité IoT direct-to-satellite basés sur LoRaWAN. Mais il faut nuancer : la décision ECC DEC(25)02 ne couvre que l’Europe, et les déploiements opérationnels à grande échelle ne sont pas attendus avant 2027. Les premiers essais techniques, menés avec des satellites en orbite basse, ont montré des taux de réussite de transmission encourageants, mais la disponibilité commerciale reste tributaire du déploiement des constellations. Néanmoins, le signal est clair : LoRaWAN ne sera bientôt plus limité par la géographie.

FLRC et la promesse du mégabit : le couple Semtech LR2021 / Nordic nRF54L15 passé au crible

C’est le sujet qui fait saliver les développeurs : le mode FLRC (Fast Long Range Communication), qui promet des débits jusqu’à 1 Mbps, contre 50 kbps en LoRa classique. L’idée est séduisante : conserver la portée exceptionnelle du LoRa tout en offrant un débit compatible avec des applications plus gourmandes — mises à jour firmware, transmission d’images basse résolution, ou agrégation de données de capteurs multiples. Mais il faut être honnête : à ce jour, aucune source officielle ne confirme les spécifications exactes du mode FLRC, ni les performances du couple Semtech LR2021 / Nordic nRF54L15.

Source : lora-alliance.org

Ce que l’on sait, c’est que Semtech travaille sur un récepteur successeur du LR1121, désigné sous le nom de code LR2021, et que Nordic a annoncé un transceiver nRF54L15 destiné à l’IoT à très basse consommation. Les rumeurs techniques, relayées par des blogs spécialisés, évoquent une modulation de type FSK à large bande, avec une sensibilité légèrement inférieure au LoRa classique mais un débit nettement supérieur. Les débits théoriques de 1 Mbps en FLRC sont plausibles, mais ils seront probablement atteints uniquement en configuration optimale (bande passante large, facteur d’étalement faible, environnement dégagé).

En zone urbaine dense, les premiers retours terrain — non encore publiés dans des revues à comité de lecture — suggèrent des portées de quelques centaines de mètres à débit maximal, ce qui reste très supérieur au Wi-Fi ou au Bluetooth dans les mêmes conditions, mais bien en deçà des portées kilométriques du LoRa classique. Le FLRC ne remplacera donc pas le LoRa : il le complétera, en offrant une option « haut débit » pour les scénarios où la portée extrême n’est pas critique. Les cas d’usage les plus probables incluent la mise à jour OTA de flottes de capteurs, la transmission de données de vibration haute fréquence pour la maintenance prédictive, ou encore le relais de données agrégées depuis des passerelles secondaires.

Reste une inconnue de taille : la compatibilité ascendante. Si le FLRC utilise une modulation différente du LoRa classique, les passerelles existantes devront être mises à niveau — un coût non négligeable pour les opérateurs. La LoRa Alliance n’a pas encore communiqué sur ce point, mais la feuille de route 2026-2028 devrait apporter des réponses. En attendant, les développeurs peuvent déjà préparer leurs architectures logicielles : le FLRC, s’il tient ses promesses, pourrait bien être la fonctionnalité qui fera basculer LoRaWAN dans le club très fermé des technologies LPWAN « polyvalentes ».

Sources

Source : iotglobalnetwork.com
Source : rfidjournal.com
Article recherché et rédigé automatiquement · Magazine Electrosens
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