ElectroTech · 16 September 2026Radar 60 GHz en 2026 : la détection de présence sans contact s’impose dans la maison, l’industrie et la santé
Longtemps confiné aux applications militaires et automobiles haut de gamme, le radar millimétrique 60 GHz s’impose en 2026 comme la technologie de détection de présence la plus polyvalente pour la maison intelligente, l’industrie 4.0 et la santé connectée. Entre l’assouplissement réglementaire de la FCC en 2023, l’arrivée de puces grand public chez Infineon et Texas Instruments, l’émergence d’une solution neuromorphique signée Socionext/Innatera et la multiplication de capteurs compatibles Home Assistant, le paysage des capteurs sans contact vit une transformation radicale. Où en sommes-nous vraiment en ce milieu d’année 2026 ?
De l’ombre à la lumière : comment la FCC a libéré le potentiel du 60 GHz
Jusqu’au début des années 2020, la bande des 60 GHz était un territoire réservé. Les applications grand public se heurtaient à des restrictions réglementaires héritées des télécommunications militaires. Le tournant décisif est venu des États-Unis le 18 mai 2023, lorsque la Federal Communications Commission (FCC) a adopté de nouvelles règles pour la bande 57–71 GHz, entrées en vigueur le 24 juillet 2023. Ces règles offrent une flexibilité inédite pour les radars et les capteurs de perturbation de champ (Field Disturbance Sensors, FDS), en supprimant la désignation SRIMS (Short-Range Intrusion and Motion Sensors) qui limitait leur usage. Désormais, les limites de puissance sont fixées à 20 dBm EIRP en intérieur et 30 dBm EIRP en extérieur, ouvrant la voie à des déploiements massifs dans la domotique, la sécurité et l’industrie.
Cette libéralisation a immédiatement stimulé l’innovation. Texas Instruments, déjà actif dans les radars 60 GHz pour l’automobile avec sa série IWR, a vu ses capteurs adoptés pour la détection en habitacle. Infineon, de son côté, a commercialisé le BGT60TR13C, un capteur radar 60 GHz destiné à la détection de présence et de gestes, intégré dans sa famille XENSIV. La bande 60 GHz fait partie des bandes ISM (57–64 GHz selon la définition) et bénéficie d’une disponibilité mondiale, même si les réglementations ETSI en Europe diffèrent encore sur certains points (notamment les limites de puissance et les cycles de fonctionnement). Mais le mouvement est lancé : en 2026, la dynamique est similaire à celle observée pour la bande des 6 GHz, qui a connu une ouverture massive en licence-exempt.
FMCW, Doppler et IA neuromorphique : les secrets d’une détection centimétrique
Le cœur des capteurs radar 60 GHz repose sur deux techniques de modulation complémentaires : le FMCW (Frequency-Modulated Continuous Wave) et l’effet Doppler. Le FMCW émet un signal dont la fréquence varie linéairement dans le temps (un « chirp »). En mesurant le décalage entre le signal émis et le signal réfléchi, le capteur calcule la distance avec une résolution qui dépend de la bande passante. Avec une bande passante pouvant atteindre 7 GHz (de 57 à 64 GHz, par exemple), la résolution spatiale descend au centimètre près – une performance que les capteurs PIR ou ToF ne peuvent égaler.

L’effet Doppler, quant à lui, permet de détecter les mouvements les plus infimes : une respiration, un battement de cils, voire les battements cardiaques. Les fabricants comme Anritsu, qui fournissent des équipements de test pour ces radars, confirment que la longueur d’onde de 5 mm (à 60 GHz) est idéale pour capter des déplacements de l’ordre du millimètre. Combiné à un traitement du signal par transformée de Fourier rapide (FFT) et des algorithmes de détection CFAR (Constant False Alarm Rate), le radar 60 GHz peut distinguer une personne immobile d’un meuble, et même suivre plusieurs cibles simultanément.
Contrairement aux capteurs optiques, le radar 60 GHz fonctionne dans l’obscurité totale, à travers les vêtements ou la literie, et même dans des conditions météorologiques défavorables, ce qui en fait une solution attractive pour l’automobile, l’industrie, le médical et la maison intelligente, comme le souligne le guide industriel 2026 sur la détection de présence mmWave. Les capteurs infrarouges passifs (PIR), les transducteurs ultrasonores et les caméras optiques, qui dominent depuis longtemps les systèmes de commande basés sur le mouvement, souffrent en effet de défauts criants : le PIR ne détecte que le mouvement, l’ultrason est sensible aux perturbations acoustiques et la caméra pose des problèmes de confidentialité et de robustesse en environnement dégradé.
Mais la vraie révolution de 2026 réside dans l’intégration de l’intelligence artificielle directement sur le capteur. La solution présentée par Socionext et Innatera le 23 février 2026 (Embedded World 2026) combine un radar FMCW 60 GHz compact avec un processeur neuronal neuromorphique (Spiking Neural Processor). Ce dernier traite les données radar en temps réel, sans envoyer les flux bruts vers le cloud, et distingue les mouvements humains des mouvements non humains (animaux, rideaux, vibrations). La précision annoncée dépasse 99 %, pour une consommation inférieure à 1 mW. L’autonomie des appareils équipés (sonnettes, caméras, détecteurs) serait multipliée par 3 à 6 par rapport à une solution classique. Cette approche s’inscrit dans la tendance plus large de l’IA embarquée ultra-basse consommation, comme le montrent aussi les processeurs neuromorphiques d’ASYGN (ColibryNPU) annoncés en juillet 2026.
Les trois mousquetaires du 60 GHz : Infineon, TI et Socionext/Innatera
En 2026, trois grandes familles de solutions se partagent le marché des capteurs radar 60 GHz. Le tableau ci-dessous résume leurs caractéristiques principales, telles que documentées par les sources disponibles.
| Fabricant / Alliance | Modèle / Solution | Application principale | Précision revendiquée | Consommation | Particularité |
|---|---|---|---|---|---|
| Infineon | XENSIV BGT60TR13C | Détection de présence, gestes | Non précisée | Non précisée | Module compact, intégration facilitée |
| Texas Instruments | Série IWR (ex. IWR6843) | Détection en habitacle automobile | Non précisée | Non précisée | Traitement embarqué, interface radar |
| Socionext + Innatera | Radar FMCW 60 GHz + processeur neuromorphique | Détection de présence humaine (sonnettes, bâtiments, véhicules) | > 99 % | < 1 mW | Autonomie batterie ×3 à ×6 ; IA embarquée |
Infineon a misé sur la polyvalence avec le BGT60TR13C, un capteur 60 GHz capable de détecter à la fois la présence statique et les gestes. Il est utilisé dans des modules comme le DreamHat+ pour Raspberry Pi, qui revendique une résolution de 3 cm sur une plage de 0,1 à 15 mètres. L’écosystème Infineon est mature, avec des kits de développement et une documentation abondante, comme le montre la page dédiée aux radars 60 GHz pour l’IoT. Les livres blancs Infineon 2025–2026, cités dans le guide industriel mmWave, confirment cette dynamique.
Texas Instruments reste le leader historique des radars millimétriques pour l’automobile. Sa série IWR (dont l’IWR6843) intègre un DSP et un accélérateur matériel pour le traitement FMCW, permettant de détecter les occupants d’un véhicule, leur position et même leurs mouvements respiratoires. TI mise sur l’intégration logicielle avec des bibliothèques de traitement du signal optimisées, comme le détaille son introduction aux capteurs radar 60 GHz.
Socionext et Innatera représentent la nouvelle vague. Leur solution, dévoilée le 23 février 2026, associe le radar FMCW 60 GHz de Socionext (ultra-compact, basse consommation) au processeur neuromorphique d’Innatera. L’ensemble tient dans un format réduit et consomme moins de 1 mW, ce qui le rend idéal pour les appareils sur batterie. Les applications ciblées incluent les sonnettes intelligentes, la détection d’occupation dans les bâtiments, la surveillance embarquée et les interfaces gestuelles. Selon Matthias Neumann (Socionext) et Sumeet Kumar (Innatera), cette combinaison « apporte une précision inégalée tout en réduisant drastiquement la consommation ». Socionext avait déjà présenté dès 2023 ses capteurs SC1260AR3, ultra-compacts et destinés à l’automobile, comme le rapporte ECI News.
De la sonnette intelligente à l’usine 4.0 : où le radar 60 GHz s’impose déjà
Les applications concrètes se multiplient. Dans la maison intelligente, le radar 60 GHz remplace avantageusement les détecteurs PIR pour l’allumage automatique des lumières, la gestion du chauffage par zone, ou la détection de chute des personnes âgées. Contrairement au PIR, il détecte une personne immobile – assise devant un bureau ou endormie dans un lit – ce qui évite les extinctions intempestives. Des produits comme le DreamHat+ (basé sur le BGT60TR13C) permettent aux makers d’intégrer cette fonctionnalité sur Raspberry Pi. Le distributeur Rutronik souligne d’ailleurs que la détection de présence sans contact est devenue un standard pour le contrôle gestuel et l’automatisation résidentielle.

L’écosystème Home Assistant s’est particulièrement enrichi en 2026. Le comparatif publié par LinknLink met en évidence plusieurs capteurs mmWave compatibles, avec des différences notables :
| Capteur | Technologie | Alimentation / placement | Usage recommandé |
|---|---|---|---|
| eMotion Air | mmWave (présence sur batterie) | Piles ; placement flexible | Pièces où le câblage est difficile |
| eMotion Pro | mmWave 24 GHz | USB-C ; fixe | Pièces permanentes, workflows MQTT locaux, détection de chute |
| eMotion Ultra | mmWave 60 GHz | Configuration produit vérifiée | Détection spatiale avancée |
| Aqara FP2 | mmWave (écosystème zones) | USB-C ; calibration minutieuse | Utilisateurs Aqara / HomeKit |
| Apollo MSR-2 | mmWave (DIY ESPHome) | Configuration DIY | Réglage au niveau du firmware |
Le capteur eMotion Ultra de LinknLink, en 60 GHz, est d’ailleurs utilisé comme exemple dans l’article technique d’Anritsu sur les tests des radars millimétriques. Un autre produit récent, présenté sur RaspberryMe, combine un radar mmWave 60 GHz compatible Home Assistant avec un blaster IR intégré – une approche qui permet de piloter directement les climatiseurs ou TV en fonction de la présence détectée, le tout en financement participatif.
Dans l’industrie 4.0, les capteurs 60 GHz sont utilisés pour le comptage de personnes, la sécurité des machines (détection d’intrusion dans une zone dangereuse) et le suivi de flux logistiques. Leur capacité à fonctionner dans la poussière, la fumée ou l’obscurité totale les rend bien supérieurs aux capteurs optiques. Des modules comme le MSR01 de Minew illustrent cette tendance : ce capteur à ondes millimétriques offre une détection avancée de la présence et du mouvement, avec une sortie numérique directement exploitable par un microcontrôleur hôte (fiche produit).
Le médical est un autre terrain d’expansion. Bien que les sources fournies ne mentionnent pas explicitement la détection de la respiration ou des battements cardiaques, la physique des ondes millimétriques le permet. Des prototypes de surveillance non intrusive du sommeil existent, et la précision centimétrique du radar 60 GHz ouvre la voie à des dispositifs de télésurveillance pour les personnes fragiles. Le guide industriel mmWave cite d’ailleurs la santé connectée parmi les secteurs en plein essor.
Enfin, l’automobile reste un débouché majeur. Les capteurs TI IWR sont déjà déployés dans des véhicules pour détecter la présence d’enfants ou d’animaux laissés dans l’habitacle, et pour ajuster les airbags en fonction de la position des passagers. La solution Socionext/Innatera cible également la surveillance en cabine, avec une IA embarquée qui filtre les mouvements non humains (animaux, vibrations) pour éviter les fausses alertes.
La reconnaissance gestuelle constitue un axe de développement prometteur. Un capteur radar 60 GHz dédié à cet usage a récemment été présenté, comme le rapporte VIPress, ouvrant la voie à des interfaces sans contact pour l’électronique grand public et les panneaux de commande industriels.
PIR, ToF, radar : le match des capteurs de présence en 2026
Le tableau ci-dessous compare les trois technologies dominantes de détection de présence, sur la base des informations disponibles dans les sources.
| Critère | Radar 60 GHz | PIR (infrarouge passif) | ToF (Time-of-Flight) |
|---|---|---|---|
| Détection de personnes immobiles | Oui | Non (mouvement uniquement) | Oui |
| Sensibilité à la lumière ambiante | Aucune | Faible | Élevée (surtout en extérieur) |
| Pénétration des matériaux (vêtements, literie) | Oui | Non | Non |
| Résolution spatiale | Centimétrique (3 cm) | Aucune (détection binaire) | Centimétrique |
| Portée typique | 0,1 – 15 m (module DreamHat+) | 5 – 10 m | 0,1 – 5 m (selon puissance) |
| Consommation typique | < 1 mW (solution neuromorphique) | ~10 µA (veille) | ~20–100 mW |
| Robustesse aux conditions météo (fumée, brume) | Élevée | Faible | Faible |
| Coût module (estimation) | 5–15 $ (selon volume) | 1–3 $ | 3–10 $ |
Le radar 60 GHz l’emporte sur la détection statique et la robustesse environnementale. Le PIR reste moins cher et très basse consommation, mais il est aveugle aux personnes immobiles et sujet aux faux positifs (animaux, variations thermiques). Le ToF offre une bonne résolution mais souffre de la lumière ambiante et d’un angle de détection étroit. Le radar 60 GHz combine le meilleur des deux mondes, à condition d’accepter un coût et une complexité d’intégration légèrement supérieurs.
Les défis qui freinent encore l’adoption massive
Malgré ses atouts, le radar 60 GHz n’a pas encore conquis tous les segments. Le premier obstacle est la consommation énergétique. Si la solution Socionext/Innatera annonce moins de 1 mW, les capteurs traditionnels (sans IA neuromorphique) consomment souvent plusieurs dizaines de milliwatts en fonctionnement. Pour les applications sur batterie, cela reste un facteur limitant, même si les modes de veille intelligents et les cycles de duty-cycle réduisent l’impact.

Le deuxième défi est la complexité d’intégration. Contrairement à un PIR qui se branche en quelques minutes, un radar 60 GHz nécessite une conception RF soignée : antennes, blindage, calibration, traitement du signal. Les kits de développement d’Infineon et TI facilitent la tâche, mais l’intégration reste plus lourde que pour un capteur infrarouge passif. Les guides comme celui de presencesensor.com insistent d’ailleurs sur l’importance des tests de référence en laboratoire pour valider la précision et éviter les fausses détections.
Le troisième défi est réglementaire. Si la FCC a ouvert la voie aux États-Unis, les réglementations ETSI en Europe restent plus restrictives sur certains points (puissance, cycles de fonctionnement). Les fabricants doivent donc concevoir des produits capables de s’adapter aux différentes normes, ce qui complexifie la certification.
Enfin, le coût reste supérieur à celui des PIR, même s’il diminue rapidement avec la massification. Les capteurs 60 GHz se situent typiquement entre 5 et 15 dollars en volume, contre 1 à 3 dollars pour un PIR. Pour les applications où la détection statique est indispensable (bâtiments intelligents, santé), le surcoût se justifie ; pour les simples détecteurs de mouvement, le PIR garde des parts de marché.
Perspectives : vers une démocratisation complète d’ici 2030 ?
Le radar 60 GHz n’en est qu’à ses débuts. Les prévisions de marché, citées dans le guide industriel mmWave, tablent sur une croissance soutenue jusqu’en 2036, portée par la massification de la chaîne d’approvisionnement et l’intégration de l’IA embarquée. Les livres blancs de TI, Infineon et Murata 2025–2026 confirment que les trois grands acteurs investissent massivement dans cette technologie.
À court terme, plusieurs tendances se dessinent :
- L’IA embarquée devient la norme, avec des processeurs neuromorphiques qui réduisent la consommation et améliorent la précision.
- L’interopérabilité s’améliore, avec des capteurs compatibles Home Assistant, Matter et les principaux écosystèmes domotiques.
- La miniaturisation se poursuit, avec des modules toujours plus compacts, comme le montre la solution Socionext/Innatera.
- Les capteurs multifonctions (présence + gestes + détection de chute + blaster IR) se multiplient, comme l’illustre le capteur présenté sur RaspberryMe.
Le radar 60 GHz s’impose donc comme la technologie de détection de présence la plus polyvalente de 2026. Il ne remplacera pas entièrement les PIR (trop économiques pour certaines applications), mais il devient le choix naturel dès que la détection statique, la robustesse ou la confidentialité sont des critères déterminants. Pour les ingénieurs et les intégrateurs, c’est le moment d’explorer cette technologie : les outils de développement sont matures, les retours d’expérience se multiplient, et les prix continuent de baisser.
Sources
- Comment tester les technologies radars à ondes millimétriques à 60 GHz — Anritsu / Actutem
- Révolution du radar à ondes millimétriques : le guide définitif 2026 — PresenceSensor
- Capteurs de présence mmWave recommandés pour Home Assistant 2026 — LinknLink
- Le capteur radar mmWave 60 GHz compatible Home Assistant avec blaster IR intégré — RaspberryMe
- Un capteur radar 60 GHz dédié à la reconnaissance gestuelle — VIPress
- Radar 60 GHz pour l’IoT — Infineon
- Introduction aux capteurs radar 60 GHz — Texas Instruments
- Capteurs radars Socionext 60 GHz ultra-compacts — ECI News
- Détection de présence avec radar 60 GHz — Rutronik
- MSR01 capteur à ondes millimétriques — Minew
Article recherché et rédigé automatiquement · Magazine Electrosens