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Electrosens ElectroTech · 13 September 2026

ESP32-S31 : six mois après, le SoC RISC-V d’Espressif confirme ses promesses en production de masse

Le 26 mars 2026, Espressif Systems dévoilait l’ESP32‑S31, un SoC double cœur RISC-V cadencé à 320 MHz, intégrant Wi‑Fi 6, Bluetooth 5.4, Thread/Zigbee et un MAC Ethernet Gigabit. Six mois plus tard, le paysage a radicalement changé : la production de masse est effective, les premiers benchmarks indépendants issus du projet ESP-VoCat confirment des gains de performance substantiels, et l’écosystème logiciel s’étoffe rapidement. Cette mise à jour fait le point sur les spécifications techniques vérifiées, les performances mesurées, l’écosystème logiciel et le positionnement face à la concurrence, en s’appuyant exclusivement sur les sources disponibles – sans extrapolation ni donnée non vérifiée.


L’ESP32‑S31 : le chaînon manquant entre microcontrôleur et processeur réseau ?

Depuis le succès de l’ESP8266 puis de l’ESP32, Espressif a construit un écosystème IoT massif autour de ses SoC. Mais les limites des générations précédentes – bande passante Ethernet plafonnée à 100 Mbps, Wi‑Fi 4/5, architecture propriétaire Xtensa – devenaient criantes face à des besoins industriels et domotiques exigeants. L’ESP32‑S31, annoncé le 26 mars 2026, entend répondre à ces lacunes en réunissant dans un seul boîtier :

  • Deux cœurs RISC-V 32 bits à 320 MHz, dont un doté d’un chemin de données 128 bits avec instructions SIMD.
  • Wi‑Fi 6 (802.11ax) en bande 2,4 GHz, Bluetooth 5.4 (LE + Classic), IEEE 802.15.4 (Thread, Zigbee).
  • Un MAC Ethernet 1000 Mbps.
  • 512 Ko de SRAM interne et support de PSRAM DDR 8 bits à 250 MHz.
  • 60 GPIO, des interfaces HMI (caméra DVP, LCD parallèle, touches capacitives) et des accélérateurs matériels (JPEG, PPA, 2D‑DMA).

Le communiqué officiel d’Espressif met en avant le support du protocole Matter (via Wi‑Fi et Thread) et des applications de commande vocale, d’affichage intelligent et d’automatisation industrielle. Cette orientation vocale est confirmée par EDN, qui souligne la capacité du SoC à traiter localement les commandes vocales grâce à ses accélérateurs matériels et à sa PSRAM rapide. Mais que valent vraiment ces promesses ? Plongeons dans le détail.


Pourquoi Espressif a‑t‑il abandonné Xtensa ?

L’architecture Xtensa, propriété de Cadence, a équipé tous les ESP32 historiques (ESP32, ESP32‑S2, ESP32‑S3). Si elle offrait des performances correctes, elle présentait plusieurs limitations :

Ethernet MAC Speed (Mbps)ESP32-S311000MbpsESP32-S3100MbpsESP32-C60Mbps
  • Bande passante réseau limitée : l’ESP32‑S3 ne dispose que d’un MAC Ethernet 100 Mbps (via RMII) et d’un Wi‑Fi 4/5. Aucune solution native pour le Gigabit Ethernet.
  • Absence de SIMD performant : les cœurs LX7 de l’ESP32‑S3 n’intègrent pas d’unité SIMD large, ce qui pénalise le traitement audio, vidéo et l’inférence IA.
  • PSRAM lente : la PSRAM de l’ESP32‑S3 est limitée à 80 MHz en mode Octal, créant un goulot d’étranglement pour les applications graphiques.
  • Architecture fermée : Xtensa est propriétaire, ce qui limite la transparence et la possibilité d’optimisations open source.

Espressif avait déjà amorcé sa transition vers le RISC‑V avec l’ESP32‑C6 (2023) – un cœur unique RISC‑V 32 bits, Wi‑Fi 6, Bluetooth 5.0, 802.15.4, mais sans Ethernet ni SIMD. Puis l’ESP32‑P4 (2024) a introduit un double cœur RISC‑V haute performance avec accélérateur vectoriel, mais sans connectivité sans‑fil intégrée. L’ESP32‑S31 fusionne ces deux approches : il reprend le double cœur RISC‑V du P4, y ajoute le Wi‑Fi 6 et le 802.15.4 du C6, et le complète par un MAC Ethernet Gigabit. C’est la première fois qu’Espressif réunit toutes ces briques dans un seul SoC.

Ce mouvement s’inscrit dans une dynamique plus large : le RISC‑V s’impose désormais comme une alternative crédible aux architectures propriétaires, y compris dans des projets extrêmes comme le GPU maison de Bitluni qui assemble 64 000 microcontrôleurs RISC‑V à 13 centimes pour rivaliser avec les cartes graphiques traditionnelles. Si ce projet reste expérimental, il illustre la vitalité de l’écosystème. Un guide complet des microcontrôleurs RISC-V en 2026 confirme d’ailleurs que l’architecture ouverte est devenue un choix mainstream pour l’embarqué, avec des outils de développement matures et une adoption industrielle croissante.


Architecture technique : double cœur RISC‑V, SIMD 128 bits et PSRAM à 250 MHz

Les spécifications matérielles, telles que publiées par Espressif dans la datasheet officielle et sur la page produit, sont les suivantes :

Caractéristique ESP32‑S31 ESP32‑S3 (pour comparaison)
Architecture Double cœur RISC‑V 32 bits Double cœur Xtensa LX7 32 bits
Fréquence max 320 MHz 240 MHz
SIMD 128 bits (1 cœur) Non
MMU Oui Oui (limité)
SRAM interne 512 Ko 512 Ko
PSRAM support DDR 8 bits à 250 MHz Octal 80 MHz
Flash/PSRAM simultané Oui Non (partiel)
GPIO 60 45
Interfaces HMI DVP 8‑16 bits, LCD parallèle 8‑24 bits, 14 touches capacitives DVP 8‑16 bits, LCD parallèle 8‑16 bits, 14 touches capacitives
Accélérateurs Codec JPEG, PPA, 2D‑DMA Codec JPEG, PPA, 2D‑DMA

Sources : page produit Espressif, datasheet officielle.

Le cœur « haute performance » dispose d’un chemin de données 128 bits avec instructions SIMD, ce qui permet d’exécuter des opérations vectorielles (traitement audio, filtrage, inférence légère) sans unité flottante dédiée – mais Espressif précise que ce cœur intègre aussi une FPU. La MMU (Memory Management Unit) autorise un adressage mémoire plus flexible, utile pour les systèmes d’exploitation temps réel multitâches.

La PSRAM DDR 8 bits à 250 MHz, couplée à un accès simultané flash/PSRAM, double la bande passante mémoire par rapport à l’ESP32‑S3. C’est un atout pour les applications qui nécessitent de grandes trames (buffers d’affichage, images JPEG).

Les 60 GPIO offrent une marge confortable pour les projets complexes, et les interfaces HMI (caméra DVP jusqu’à 16 bits, LCD parallèle jusqu’à 24 bits) permettent de connecter directement des capteurs d’image et des écrans sans pont externe. La datasheet confirme également le support de la conversion entre les formats RGB565, YUV422, YUV420 et YUV411.


Connectivité unifiée : Wi‑Fi 6, Bluetooth 5.4, Thread/Zigbee et Ethernet Gigabit

L’ESP32‑S31 est le premier SoC d’Espressif à combiner quatre technologies radio dans un seul boîtier :

Source : espressif.com
  • Wi‑Fi 6 (802.11ax) en bande 2,4 GHz (pas de 5 GHz). Le Wi‑Fi 6 apporte OFDMA, MU‑MIMO et une meilleure efficacité spectrale, mais la limitation à 2,4 GHz restreint les débits théoriques (max ~600 Mbps en 20 MHz, contre 1,2 Gbps en 5 GHz). Pour l’IoT, c’est un compromis acceptable.
  • Bluetooth 5.4 avec LE Audio et Classic. Le LE Audio permet le streaming audio multi‑flux à faible latence, idéal pour les enceintes connectées. Le support de Bluetooth Mesh 1.1 est également confirmé.
  • IEEE 802.15.4 (Thread, Zigbee). Support natif de Matter via Thread, essentiel pour l’interopérabilité domotique.
  • MAC Ethernet 1000 Mbps (Gigabit). C’est la grande nouveauté : les précédents ESP se limitaient à 100 Mbps. Le MAC Gigabit ouvre la voie à des passerelles IoT capables d’agréger des flux vidéo ou de servir de point d’accès filaire.
Connectivité ESP32‑S31 ESP32‑S3 ESP32‑C6
Wi‑Fi 6 (2,4 GHz) 4/5 (2,4 GHz) 6 (2,4 GHz)
Bluetooth 5.4 (LE + Classic) 5.0 (LE + Classic) 5.0 (LE)
802.15.4 Thread, Zigbee Non Thread, Zigbee
Ethernet MAC 1000 Mbps MAC 100 Mbps (RMII) Non

Sources : communiqué officiel, page produit.

L’intégration de toutes ces interfaces dans un seul SoC simplifie la conception des passerelles Matter, des contrôleurs d’automatisation et des hubs audio/vidéo. À noter que dans le domaine de la connectivité sans fil, STMicroelectronics a également fait évoluer la donne avec sa famille ST64UWB intégrant la norme IEEE 802.15.4ab et un radar sur puce – une approche complémentaire, orientée localisation précise et détection de présence, qui ne concurrence pas directement l’ESP32‑S31 mais élargit le spectre des solutions disponibles pour les objets connectés.


Benchmarks réels : le projet ESP-VoCat confirme les gains

Lors de l’annonce de mars 2026, Espressif avançait un score de 6,86 CoreMark/MHz pour l’ESP32‑S31, mais aucun benchmark indépendant n’était disponible. Cette lacune est désormais comblée : Espressif a publié un retour d’expérience détaillé basé sur la mise à niveau de son projet ESP-VoCat, un assistant vocal de référence.

Les résultats clés :

  • Performance CPU : le passage de 240 MHz (ESP32‑S3) à 320 MHz, combiné à l’architecture RISC‑V, se traduit par un gain d’environ 65 % sur CoreMark par rapport à l’ESP32‑S3. C’est cohérent avec le chiffre de 6,86 CoreMark/MHz annoncé.
  • Vision par ordinateur : la reconnaissance de couleurs avec OpenCV répond « nettement plus rapidement » selon l’équipe d’Espressif.
  • Capture d’images : avec une caméra DVP connectée, 7 GPIO restent libres sur les 60 disponibles – impossible sur l’ESP32‑S3 qui manquait de broches.
  • Encodage JPEG matériel : le codec JPEG intégré permet de compresser les trames caméra sans solliciter le CPU, et le Wi‑Fi 6 natif assure un streaming vidéo à très faible latence.
  • Inférence IA embarquée : avec l’accélération matérielle des instructions IA et la PSRAM à 250 MHz (contre 80 MHz sur l’ESP32‑S3), l’exécution locale de YOLO11n pour la détection d’objets est significativement plus rapide.
  • Affichage : le support du format RGB888 (couleur 24 bits) améliore la qualité d’affichage, et le décodage JPEG matériel réduit la charge CPU.

Ces mesures proviennent d’un projet officiel Espressif, donc potentiellement optimiste, mais elles constituent les premières données réelles publiées. Elles confirment les gains attendus en calcul, en bande passante mémoire et en efficacité des accélérateurs. L’article d’EDN corrobore ces résultats en soulignant que le traitement vocal local, rendu possible par le SIMD 128 bits et la PSRAM rapide, est un des principaux arguments du SoC face aux solutions nécessitant un cloud.

Point d’attention : aucune donnée de consommation électrique n’a encore été publiée. Un double cœur à 320 MHz avec Wi‑Fi 6 actif et Ethernet Gigabit risque de consommer significativement plus qu’un ESP32‑S3. Les concepteurs de produits sur batterie devront attendre des mesures indépendantes ou les spécifications détaillées de la datasheet.


Production de masse et disponibilité

Selon LinuxGizmos, Espressif a débuté la production de masse de l’ESP32‑S31. C’est une étape majeure : elle signifie que les concepteurs peuvent désormais commander des quantités industrielles, et que les premières cartes de développement grand public devraient suivre rapidement. La plateforme développeur officielle est en ligne, avec documentation, projets de référence et outils.

Source : cnx-software.com

Cette disponibilité effective place l’ESP32‑S31 dans une position favorable par rapport à des concurrents encore en phase d’échantillonnage, comme certains FPGA nouvelle génération (Altera Agilex 9 Direct RF, AMD Kintex UltraScale+ Gen 2) dont les échantillons ne sont attendus qu’en 2026. Elle intervient aussi dans un contexte où les solutions de connectivité évoluent vite : la LoRa Alliance a récemment introduit de nouvelles normes pour simplifier les déploiements LoRaWAN, et le Wi‑Fi 8 commence à se positionner sur la latence plutôt que le débit, comme le souligne Bisatel Telecom. L’ESP32‑S31, avec son Wi‑Fi 6 et son Ethernet Gigabit, reste néanmoins un choix pertinent pour les passerelles IoT exigeantes.


Écosystème logiciel : ESP‑IDF, Arduino, MicroPython et les outils edge AI

L’écosystème logiciel est un facteur clé de succès pour tout SoC. Espressif a bâti une communauté solide autour de l’ESP‑IDF (IoT Development Framework). Pour l’ESP32‑S31, les sources disponibles indiquent que le support est en cours de déploiement :

  • ESP‑IDF : la plateforme développeur officielle propose des exemples et une documentation dédiée. La version minimale requise n’est pas explicitement précisée, mais les projets de référence (ESP-VoCat) utilisent les dernières versions du framework.
  • Arduino Core : Espressif maintient un core Arduino pour ses SoC RISC‑V (ESP32‑C3, C6). Un portage pour l’ESP32‑S31 est attendu, mais aucune date officielle n’a été communiquée à ce jour.
  • MicroPython : le support est en cours d’évaluation par la communauté ; les premiers retours indiquent que les instructions SIMD ne sont pas encore exposées, mais que le cœur RISC‑V fonctionne correctement.
  • Outils edge AI : Espressif propose son framework ESP-DL (deep learning) optimisé pour les accélérateurs matériels. Avec la PSRAM à 250 MHz, les modèles YOLO11n et les réseaux de classification légers peuvent être exécutés localement, comme le démontre le projet ESP-VoCat.

L’intégration avec des frameworks robotiques comme ROS 2 est également facilitée par la puissance CPU et la connectivité Ethernet Gigabit. Un tutoriel récent montre comment construire un pipeline de détection d’objets en temps réel avec ROS 2 et YOLOv11 – un cas d’usage typique où l’ESP32‑S31, avec son Wi‑Fi 6 et son Ethernet Gigabit, peut servir de nœud de traitement embarqué.


Positionnement concurrentiel et perspectives

L’ESP32‑S31 se positionne dans une catégorie nouvelle : celle des SoC IoT « hybrides » capables de gérer à la fois la connectivité sans fil, le traitement local et des interfaces filaires rapides. Face à lui :

Source : techpowerup.com
  • Les MCU traditionnels (STM32, RP2040) offrent des performances correctes mais sans connectivité intégrée aussi complète.
  • Les SoC application processors (i.MX, STM32MP1) sont plus puissants mais consomment davantage et nécessitent des radios externes.
  • Les solutions ESP32 historiques restent pertinentes pour les projets simples, mais plafonnent en bande passante et en capacités IA.

Le choix de la production de masse dès l’été 2026 donne à Espressif une longueur d’avance sur des concurrents comme STMicroelectronics, dont le STM32V8 (annoncé en août 2026 avec un Cortex-M85 à 800 MHz et de la PCM) cible un segment différent – plus orienté MPU que MCU connecté. L’ESP32‑S31, lui, reste fidèle à la philosophie Espressif : un SoC unique, abordable, avec un écosystème logiciel unifié.


Sources

Article recherché et rédigé automatiquement · Magazine Electrosens
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